> Guttus et Galactophores
L’allaitement à Bois d’Arcy du XVIIe au XIXe siècle
Le dossier consacré à la Petite Enfance dans ce journal est l’occasion pour nous de découvrir l’histoire de l’allaitement à Bois d’Arcy. Éric Thiébaud, président de la toute jeune association de collectionneurs de biberons “Guttus et Galactophores”, s’intéresse ici tout particulièrement au rôle des nourrices arcisiennes depuis le XVIIe siècle.
Depuis la préhistoire, les mères allaitent. L'usage du biberon semble apparaître dès l'époque néolithique. En France, le recours à la nourrice -longtemps l'apanage des classes aisées- se développe à la fin du XVIIIe. Sur 2100 bébés parisiens nés en 1780, 90% sont envoyés deux ans ou plus en nourrice à la campagne. L'administration a beau s'efforcer de contrôler ces échanges, c'est le principe du profit maximum qui prévaut. Bien souvent les nourrices, au lieu de donner leur propre lait aux jeunes enfants, n'hésitent pas à les alimenter avec du lait animal ou de la farine diluée dans de l'eau. Elles mettent aussi de l'alcool dans les bouillies ou enduisent leurs mamelons d’opium pour endormir les bébés. Peu à peu, les familles de la bourgeoisie préfèrent le service d'une nourrice à domicile. C'est à la fin du XIXe siècle que la propagation de l'usage du biberon entraîne la réduction progressive - mais non l'abandon - de la pratique nourricière.
Les registres paroissiaux de Bois d’Arcy citent de nombreux enfants morts en nourrice aux XVIIe et XVIIIe siècles. Si certains sont originaires de Paris, la majorité provient alors de Versailles. Les parents sont soit des artisans trop occupés pour allaiter leur progéniture et pas assez aisés pour disposer d'une nourrice à domicile, soit des commensaux du roi de France. Ainsi, certains sont perruquiers, maîtres chaudronniers, cabaretiers, marchands de vin ou bouchers, alors que d'autres sont musiciens du roy, gardes-suisses, chefs de cuisine, palefreniers, officiers de la reine, écuyers ou grands valets de pied. Les noms des pères nourriciers figurent parfois dans les registres (Pierre Blondeau, Jean Lesparez, Gabriel Suret...), mais pas ceux des nourrices, leurs épouses. Pierre Josse, journalier, est le plus souvent nommé sous Louis XIV. Quatre nourrissons meurent chez lui entre 1690 et 1715.Au XVIIIe siècle, les bébés confiés à des nourrices de Bois d'Arcy sont de plus en plus nombreux, confirmant une tendance générale. Cette habitude est très répandue à la cour comme le note en 1770 le roi Louis XV en personne : “Ce n'est pas dans notre usage dans ce pays-ci que les mères nourrissent leurs enfants, cependant ce goût là a pris à quelques unes de nos jeunes femmes, les unes s'en sont bien trouvées les autres mal. Je ne puis le conseiller, ni le déconseiller”. Dix-huit jeunes enfants meurent en nourrice à Bois d'Arcy pendant son règne. Les bébés sont placés alors très tôt après leur naissance et restent chez la nourrice parfois très longtemps comme les deux frères Ravache, morts à deux ans et quatre mois pour le premier et presque quatre ans pour le second. Au XIXe siècle la profession de nourrice “s’industrialise” au détriment de parents de condition modeste : domestiques, commis ou épiciers. Les nourrices parfois n'allaitent même plus et pourtant accueillent plusieurs nouveaux-nés simultanément. En 1859, l'une d'elles- à Bois d’Arcy- voit mourir chez elle à trois jours d'intervalle le petit Léon Adam (10 mois)et Joséphine Roussel (16 mois).Bois d'Arcy a certainement connu très tôt l’usage du biberon, employé par les mères comme par les nourrices. Au XVIIIe siècle, il est de formes et de matériaux très variés. Certains sont en verre soufflé, d'autres en céramique émaillée ou non, d'autres encore en étain. La tétine est en général constituée d'un "drapeau", petit bout de chiffon tortillé, noué à l'extrémité du bec du biberon. Parfois trop serré, il laisse difficilement passer le liquide et en revanche retient le lait caillé. Le XIXe siècle voit la généralisation du biberon en verre moulé à tétine de caoutchouc. On peut supposer que Bois d'Arcy connait alors la vogue du célèbre "Robert" qui laissa ensuite son nom au mot d'argot désignant les seins. À la fin du XIXe siècle, le biberon à long tuyau provoquera des ravages chez les nourrissons au point qu'on le surnommera le “tueur de bébés”. En effet,le faible diamètre du tube rendait impossible tout lavage et sa longueur épuisait l'enfant qui tétait. Il sera interdit en 1910.
Depuis, les mères arcisiennes peuvent allaiter ou donner le biberon sans risque pour la santé de leur bébé. Quant aux anciennes nourrices “tueuses d'enfants”, elles ont disparu au profit des assistantes maternelles qui peuvent alimenter les jeunes enfants au biberon dans des conditions d'hygiène optimales.
Éric Thiebaud
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http://ludogrid.free.fr/sommairebib0.htm