Alexandre Turpault (1889-1941). Un maire moderne et citoyen
Le nom d'Alexandre Turpault évoque plus aujourd'hui un groupe scolaire ou une rue que l'ancien maire de notre ville fusillé par les nazis en 1941. L'heure de la rentrée est une bonne occasion de se souvenir.
Alexandre Turpault est originaire du Maine-et-Loire où son patronyme est encore fréquent. Il est né en 1889 à Puy-Notre-Dame. Il sera cheminot. Militant communiste, il devient maire en 1935, à l' âge de 46 ans. Il était déjà conseiller municipal depuis 1929. Sa personnalité et son engagement vont marquer profondément la vie du village. Deux jours après son élection, la nouvelle municipalité met en place neuf commissions... pour une population de 1132 habitants ! Un mois plus tard est décidée la création de la première garderie d'enfants de la ville qui ne verra le jour que l'année suivante pour des raisons financières.
Le nouveau maire va de l'avant : il réclame le téléphone à la mairie pour 1936. Une machine à écrire est ensuite achetée pour 1000 francs, ainsi qu'un duplicateur. Une horloge électrique est installée sur le clocher de l'église. Des mesures importantes sont prises, comme l'organisation d'un service d'ordures ménagères hebdomadaire et la création du corps des Sapeurs-Pompiers. Le groupe scolaire est édifié et le lotissement est rattaché à la commune. Sur le plan social, des subventions nombreuses destinées principalement aux enfants sont votées. Ainsi des jeux sont achetés pour le patronage laïc, des jouets sont distribués à Noël et une fête enfantine est organisée par les Jardins Ouvriers de France. Les "enfants d'ouvriers poursuivant leurs études dans des écoles supérieurs ou professionnelles" bénéficient d'une somme globale de 1500 francs. En 1937, la première colonie de vacances est organisée. Vingt enfants peuvent partir à la mer.
Les rues de Bois d'Arcy n'avaient pas encore de nom. Le 2 août 1936, elle reçoivent celui de personnalités de gauche ou révolutionnaires qu'elles portent encore pour la plupart, comme l'avenue Jean-Jaurès et les rues Hoche, Robespierre, Louise-Michel, Danton ou Camille-Desmoulins. Seule la place Lénine semble quelque peu provocatrice puisqu'il s'agit de la place de l'église. En 1938, quelques mois après le décès du directeur de L'Humanité, une partie de l'avenue Jean-Jaurès est baptisée Paul Vaillant-Couturier.
L'originalité de Turpault réside aussi dans les prises de position qu'il fait adopter par le Conseil municipal. En effet, soutenant la cause des républicains dans la guerre civile en Espagne, il fait demander le 28 août 1936 au Front Populaire de cesser d'observer sa neutralité "qui correspondrait à l'étranglement de la République Espagnole" et demande la livraison de matériel et d'armes, "considérant que le peuple de France attend avec une grande anxiété que de telle mesures soient prises pour l'émancipation totale des travailleurs et l'écrasement du fascisme dans le monde". Plus concrètement, la maire fait préparer l'hébergement à Bois d'Arcy d'éventuels réfugiés espagnols ! En 1938, il fait voter 200 francs pour l'achat d'une ambulance et de médicaments destinés à l'Espagne.
Le 5 octobre 1939, Turpault est démis de ses fonctions. Il entre dans la Résistance. Arrêté deux fois, il est fusillé en compagnie du député communiste Gabriel Péri le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien. "Je meurs innocent et en brave" écrivait-il à son épouse le 14. Lorsqu'il demanda pourquoi on le fusillait, on lui répondit "que l'on savait que je n'avait rien fait maIs que c'était comme otage". Sa dernière phrase est accusatrice : "Remercie bien ceux qui sont un peu la cause de ma mort ; on pardonne aux lâches".
En 1944, le conseil "décide qu'un agrandissement de la photographie de M. Turpault, maire fusillé, sera exécuté et placé solennellement dans la salle des séances du conseil". Le groupe scolaire et la route qui passe devant reçoivent son nom. En 1945, le corps de Turpault est inhumé au cimetière de Bois d'Arcy. La délibération du conseil n'ayant pas été annulée, où est donc passé le portrait de cette grande figure arcisienne, ce maire moderne, courageux et altruiste, mort pour la France ? Nous en sommes au point de n'avoir plus aucune idée de son visage. Élèves de l'école Turpault, voici un bon sujet d'enquête pour la rentrée...
Eric Thiébaud