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Vie quotidienne sous Louis XVI.


Vie quotidienne sous Louis XVI. Chez le laboureur

La ville de Bois d'Arcy peut s'enorgueillir de comporter plusieurs anciennes grandes fermes. Celle de la Tremblaye est la plus connue depuis sa transformation en bibliothèque et elle fait à nouveau parler d'elle puisque l'aménagement de ses abords est en voie d'achèvement. On connait plus ou moins bien l'historique des bâtiments agricoles de la commune, mais ce qu'on imagine mal, c'est le cadre de la vie quotidienne de nos prédécesseurs. Aussi, j'ai choisi de présenter l'intérieur d'un laboureur de notre village au temps de Louis XVI. Le document utilisé est encore inédit et date de 1785. Je pense qu'il s'agit de la ferme Sainte-Catherine.

On entre d'abord dans la cuisine. La cheminée est garnie de chenêts en fer "à pomme de cuivre". Elle contient "un troispieds", un grill, quatre "poelles à frirre", deux marmites et une lèchefrite, le tout en fer. Signe d'une certaine aisance, on peut y rôtir les viandes grâce à "un tournebroche garny de ses poids et cordages". La salle est éclairée au moyen de cinq chandeliers dont trois de cuivre jaune. Elle contient d'autres cuivres, dont un soufflet, une passoire, une cuillère à dégraisser, quatre chaudrons, un poellon, une écumoire, une mouchette et un porte-mouchette ainsi qu'une bassinoire.

Pour la première fois, en cette fin du XVIIIe siècle, les paysans mangent à table. Celle de notre laboureur est en chêne et comporte un tiroir. Les sièges sont variés: un banc, "trois chaisses de bois blanc fonçées de paille" et "une chaisse à sel de bois de chesne". Les neuf plats, les six assiettes, les deux mesures, le pot à eau et les six cuillers sont en étain, tandis que les six fourchettes sont en fer (chez un laboureur de l'époque de Louis XVI, on emploie un couvert dont le roi-soleil lui-même ne se servait pas). La vaisselle est complétée par "quarante pièces de fayence et verrie". Le mobilier comporte une autre table, un buffet à deux corps en chêne, un bas d'armoire "a deux vanteaux avec un dressoir au dessus", une grande horloge, une commode à six tiroirs et une armoire.

Comme la pièce sert aussi de chambre à coucher, un lit de hêtre est placé dans une alcôve. Avec la table pour les repas, c'est l'élément majeur de l'évolution du confort chez les paysans du règne de Louis XVI. C'est un signe extérieur de richesse. Il est estimé à 150 livres, alors que le buffet de chêne est estimé seulement à 24 livres et le dressoir à 20 livres. Il comprend une paillasse, deux matelas de laine, un lit de plumes ainsi qu'un traversin et deux oreillers. Il est couvert d' "une courtepointe de satin jeaune piquée doublée d'Indienne" . La bousse du lit est verte à galon jaune et les deux rideaux sont bleu et blanc. Voilà bien de la couleur ! Autre signe de luxe, une petite glace à cadre doré est placée à côté du lit. Le temps est loin où les miroirs étaient l'apanage des gens les plus riches.
Au premier étage, on trouve deux chambres, dont l'une est meublée de deux lits, cinq chaises paillées, un grand coffre de chêne et une armoire de noyer et l'autre d'un vieux lit.

Le linge de la famille est constitué de trente-quatre draps, quarante-huit chemises d'homme, vingt-huit chemises de femme, trente quatre mouchoirs, douze nappes, trente serviettes, douze torchons, onze cols de mousseline et quatre aunes de dentelles. La maîtresse de maison possède six casaquins et six jupons, dont un ensemble de "toille de coton fond bleu a pois blanc", trois tabliers et cinq paires de bas de laine. Son époux, lui, possède un habit avec veste de drap beige et culotte de drap bleu, un habit de drap d'Elbœuf gris, un habit noisette et un autre couleur gris de fer. Le ménage possède quelques objets précieux, dont un "collier de grenat a sept rang", une montre de cuivre dans une boite d'argent et un "goblet a pied d'argent poinçon de Paris", auxquels s'ajoutent 7005 livres en pièces de monnaie. Notons que malgré la naissance récente d'une petite fille, aucun meuble ou vêtement d'enfant n'est signalé.

Certes, il s'agit là de l'intérieur d'un laboureur aisé, mais il témoigne d'un progrès considérable dans l'évolution du confort puisque des éléments qui figurent chez un paysan de 1785 correspondent à ce qu'on aurait trouvé chez certains seigneurs un siècle plus tôt.

Eric Thiébaud

Sources : Archives départementales des Yvelines 3 E 48/103



Une "chaisse" à sel de bois de "chesne"

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