Maisons de Bois d'Arcy - 88, avenue Jean-Jaurès
Située entre le local des pompiers et une construction plus récente, c'est l'une des rares maisons anciennes qui subsistent dans notre commune à l'est de la rue Alexandre Turpault. On la remarque à peine, tant sa façade est discrète. L'enduit a pourtant été refait récemment, mais dans le plus pur respect de la tradition. Quant à la toiture, elle a conservé sa couverture de petites tuiles plates anciennes.
Ami lecteur, si vous suivez régulièrement cette rubrique du journal de Bois d'Arcy, vous connaissez déjà l'un des occupants de cette demeure au XIXe siècle. Il s'agit de Louis-François Pinson. Ce dernier a vécu ici et fera construire plus tard la grande bâtisse de la place de l'église (voir l'article de Bois d'Arcy le Journal n°20. Novembre/décembre 1999). Contrairement à ce que j'annonçai alors, Louis-François n'a pas pu naître dans cette maison puisqu'elle n'a été construite qu'en 1843. Errare Humanum est. En revanche, c'est bien son père François Pinson, maçon, qui a édifié le bâtiment dans lequel il a vécu avec son fils. Ce dernier en deviendra propriétaire en 1845, avant de le vendre à François Xavier Julien Pinot, musicien au Bataillon de Chasseurs à Pied de la Garde Impériale.
Voici un propriétaire peu ordinaire dans un petit village tel que Bois d'Arcy sous le Second Empire. La garde impériale, créée sous Napoléon 1er, avait été licenciée au retour de Louis XVIII. En 1854, elle est reconstituée par Napoléon III. Pour y être admis, un soldat doit alors justifier de bonne conduite pendant au moins deux ans de service dans l'armée. Voilà qui nous renseigne un peu sur Pinot. En raison de sa fonction, notre musicien n'occupe pas sa propriété arcisienne. Il vit à Paris, prêt de l'empereur. Peut-être cette demeure est-elle sa maison de campagne ? ou bien tout simplement un investissement destiné à la location ? Les documents manquent pour trancher.
Le 27 octobre 1870, la garde impériale est supprimée. Pinot est révoqué et vend sa jolie demeure. Celle-ci retourne à un maçon, Louis Largemin, qui vit à Saint-Cyr-l'École. Il est cité à Bois d'Arcy une seule fois, lors de son mariage le 26 juillet 1865 avec Angelina Marie Liou, sœur et belle sœur de maçon (Louis Adrien Liou et François Victor Bauguin). Dix ans plus tard, la maison appartient à un autre maçon, Hilaire Mancheron, né à Magny-les-Hameaux en 1823 et mort chez lui à Bois d'Arcy le 29 octobre 1888 à l'âge de 64 ans.
En 1889, elle passe à un cinquième maçon, Auguste Léon Durand, âgé de 42 ans. Lui aussi est cité dans notre ville une seule fois lors de la naissance de son fils Alfred Léon en 1877. Il ne semble donc pas avoir résidé dans sa maison. La propriété est tout simplement un héritage de son épouse, Joséphine Augustine, exerçant la profession de couturière et fille d'Hilaire Mancheron. Celle-ci, devenue veuve, vend la demeure en viager à Georges Auguste Mille, épicier. La veuve de ce dernier la vend à son tour à Paul Genety, commerçant. Une fois encore, ce dernier n'habite pas Bois d'Arcy. Il vit d'abord à Vélizy, puis à Saint-Cyr-l'École. Il vend la maison à Maurice Emile Sallou qui la cédera à son tour aux propriétaires actuels.
Cette maison aura ainsi été la propriété de maçons de façon presque continue de 1843 jusqu'au début du 20e siècle. Mais malgré son charme, elle n'a guère été occupée par ses propriétaires successifs. Ajoutons que, comme bien des demeures arcisiennes, elle possède une citerne. Quant au four à pain, il a été supprimé avant l'arrivée des propriétaires actuels.
Eric Thiébaud
Remerciements à Monsieur et Madame Bourquard, actuels propriétaires.
SOURCES
Archives Dép. : 3P3 183,
Archives communales : Registres d'État-Civil.