En 1841, Thiers décide la construction d'une enceinte de 38 km destinée à assurer la défense de Paris. Achevée en 1845, elle est protégée par une ligne de 16 forts situés en proche banlieue (Mont-Valérien, Aubervilliers, Romainville, Noisy,...) auxquels s'ajoute la ville de Saint-Denis entièrement fortifiée. Ces ouvrages n'empêchent pas les Prussiens d'encercler et de bombarder la capitale de septembre 1870 jusqu'à l'armistice signé le 28 janvier 1871.
En 1874, l'Etat-Major conçoit une nouvelle ligne de défense. En effet, les combats de 1870-71 ont permis de tirer les leçons suivantes : les forts de 1841 sont placés trop près de l'enceinte alors que la nouvelle artillerie peut tirer jusqu'à 8 km. En outre, ils sont périmés dans leur forme : les contrescarpes trop basses laissent à découvert des escarpes trop hautes ; la masse de terre du rempart, trop fine, ne résiste pas aux tirs d'artillerie ; les casernes trop hautes sont d'excellentes cibles et les cours trop vastes sont balayées par les tirs ennemis.
Le général Chabaud-Latour préconise alors un système étendu. Les lignes de tranchées allemandes formaient un périmètre de 83 km. La nouvelle ligne de forts s'étendra sur 126 km. Ainsi, un assiégeant qui voudra encercler la capitale devra réunir une armée de 700 000 hommes ! Les forts sont groupés en trois lignes dont l'une au sud-ouest est destinée à faciliter une sortie en direction d'une armée de secours venant de la Loire ou de l'Atlantique. Des redoutes et des batteries complètent leur action. Les ouvrages sont placés de 8 à 17 km de l'enceinte. Ils sont distants de 2 à 7 km ce qui permet une défense mutuelle en cas d'attaque.
Entre 1874 et 1881, on construit autour de Paris 18 forts, 5 redoutes et 34 batteries, dont celle de Bois d'Arcy. Celle-ci est destinée à protéger avec le fort de Saint-Cyr la ville de Versailles et le camp de Satory, à interdire le plateau de Trappes et la vallée du rû de Gally et à contrôler les voies ferrées venant du Havre et de Tours. Elle adopte comme toutes les constructions de 1874 le système trapézoïdal où le tracé des fossés rectilignes battus par des caponnières est indépendant de celui du rempart portant l'artillerie.
Dans les nouveaux ouvrages, les maçonneries sont cachées derrière des masses de terre où vont se perdre les obus ennemis. Les casernes enterrées ont une voûte de pierre et des planchers en brique pleine. Chaque homme y dispose d'une place dans un lit à quatre places, d'un tabouret, d'une planche pour son paquetage et d'une tablette pour manger et écrire. La circulation dans les cours est doublée par des couloirs. Le tir est effectué à partir de plate-formes séparées par des casemates où les hommes peuvent s'abriter avec les munitions. Une galerie isole le magasin à poudre de l'humidité. Ces installations sont encore visibles de nos jours au CNC.
Malgré ces innovations, la portée de l'artillerie ayant considérablement augmenté, la nouvelle ligne de défense est obsolète dès son achèvement. Pendant la dernière guerre, les Allemands occupent la batterie de Bois d'Arcy et font sauter la façade de la caserne. Le CNC s'y installe en 1969, les forts de 1874 ayant été déclassés en 1954.
Eric Thiébaud
Association Aventure et Culture