Patrimoine local au 1, rue Danton…
Avec le retour des beaux jours, vous aurez sans doute l'occasion de vous promener du côté du centre équestre. Vous passerez alors rue Danton devant l'une des plus anciennes demeures de Bois d'Arcy, située au n°1. Certes, c'est une humble construction, mais elle correspond au type d'habitation dans lequel vivaient nos prédécesseurs, non pas les villageois aisés, mais les gens ordinaires, la majorité.
Edifiée sous Louis XV, vers 1760, sur un terrain qui avait été la propriété de l'Abbaye parisienne Notre-Dame de Longchamp, la maison est alors couverte en chaume, comme les autres demeures du village et comporte une seule pièce, une salle commune assez basse, qui subsiste et dont la façade donne sur la rue. La section de poutre qui apparaît dans le mur indique encore la hauteur de plafond de la salle primitive. A la veille de la Révolution, Victoire Hugé, fille du fermier de Sainte Catherine (et propriétaire du "château" qui se situait à l'angle de la rue Raymond-Lefèvre et de la rue Danton) possède la maison qui est alors louée. Vers 1810, celle-ci est acquise par Alexis, fils de Jacques Devouge, premier maire de Bois d'Arcy. Elle ne comporte alors qu'une porte et une fenêtre, et possède un four à pain qui subsiste. Le bâtiment bas sur le jardin est construit à cette époque.
En 1825, Pierre-Marie Bénoge, berger originaire de Saint-Cloud, achète la maison qui restera la propriété de sa famille pendant plus d'un siècle, jusqu'en 1948. Le premier événement connu y a lieu le 15 septembre 1826 (Adolphe, son fils, y meurt à l'âge de 12 ans). En 1859, Pierre-Marie y meurt à son tour, à l'âge de 70 ans. Son dernier fils étant décédé l'année précédente, ce sont ses trois petits-enfants qui héritent de la propriété en 1864. Adrien fait construire une nouvelle demeure sur une partie du jardin (1, rue Raymond-Lefèvre), tandis qu'Hippolyte et Joséphine se partagent la construction d'origine.
Hippolyte Bénoge était né en 1846 (d'une famille modeste, il avait été admis à aller à l'école gratuitement). En 1867, à l'occasion de son mariage, il fait agrandir la maison dont le nombre des fenêtres passe à trois. Ses sept enfants y naissent : Maria en 1869, Alphonse en 1874,(mort sous les drapeaux en 1897), Henri en 1876 (mort à la maison à l'âge de 7 ans), Gustave en 1879 (futur propriétaire de la maison), Gabrielle en 1889. En 1895, Hippolyte rachète la part de sa sœur. Deux ans plus tard, il fait réaliser l'étage supérieur de la maison qui compte alors 8 fenêtres. Il y meurt en 1909.
En 1913, après le décès de sa mère, Gustave Bénoge rachète la maison à ses sœurs. Ses cinq enfants y naissent. Vers 1942, il est arrêté par les nazis, dénoncé par son propre fils, Jean. Il décédera en camp de concentration à Gross-Rosen en 1944, ainsi qu'en témoigne une plaque dans le hall de l'Hôtel de Ville (Jean Bénoge sera condamné en 1945 à la dégradation nationale et aux travaux forcés à perpétuité). La maison est alors vendue en 1948 à Hélène Meunier, épouse de Roger Mauban, qui la loue. Le fils des locataires d'alors se noie accidentellement dans la mare. En 1949-1950, Sacha Guitry tourne devant la maison trois scènes du film "Le Trésor de Cantenac", dont une avec Pauline Carton et une autre où l'on voit une dame à la fenêtre du premier étage. En 1963, la demeure est achetée par la famille Bertin qui la conserve jusqu'en 1994. C'est actuellement le siège de l'association Aventure et Culture.
Eric Thiébaud
Sources : Archives Départementales, 3P3 182, 3P3 183.
Archives Communales : État-Civil.